vendredi 25 juin 2010

Alinéa versus paragraphe


Définitions et exemples.

Le paragraphe est une division numérotée dans, par exemple, une disposition législative; il est, alors, précédé soit d'un chiffre, soit d'une lettre. Témoin l'article 15 de la Charte des droits et libertés, lequel se subdivise en deux paragraphes:

15. (1) La loi ne fait acception de personne et s'applique également à tous, et tous ont droit à la même protection et au même bénéfice de la loi, indépendamment de toute discrimination, notamment des discriminations fondées sur la race, l'origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, le sexe, l'âge ou les déficiences mentales ou physiques.

(2)
Le paragraphe (1) n'a pas pour effet d'interdire les lois, programmes ou activités destinés à améliorer la situation d'individus ou de groupes défavorisés, notamment du fait de leur race, de leur origine nationale ou ethnique, de leur couleur, de leur religion, de leur sexe, de leur âge ou de leurs déficiences mentales ou physiques.

Quant à l'alinéa, il n'est pas numéroté à l'intérieur de l'article ; la division n'en est annoncée que par la disposition du texte. Témoin l'article 10 du Code civil du Québec:

10. Toute personne est inviolable et a droit à son intégrité.

Sauf dans les cas prévus par la loi, nul ne peut lui porter atteinte sans son consentement libre et éclairé.

lundi 2 novembre 2009

Législation, jurisprudence et amour du passé antérieur
























À mon professeur de latin, pour avoir éveillé en moi le courage cornélien de mener la réflexion que voici.

C'est que cette phrase-ci ne trouva grâce auprès du professeur:
"Les Sénateurs apprirent qu'Hannibal non seulement EUT PRIS par la force, mais encore EUT d'une cruelle manière TUÉ de celle-ci tous les hommes et femmes."
C'est là, m'a repris le professeur, un mauvais emploi du passé antérieur.

Qu'en est-il?

LÉGISLATION (ET MISES EN REGARD AVEC LES AUTRES TEMPS DU PASSÉ)

Pour former le prétérit antérieur, il suffit, dispose Napoléon Landais, que la première action dont on parle fût finie IMMÉDIATEMENT avant la seconde, qui est aussi passée. La première action est alors dite ANTÉRIEURE à la seconde, quoique de peu de durée, par opposition au plus-que-parfait, qui, à cette immédiateté dans la succession des faits, préfère que l'acte antérieur ait eu lieu hélas! indifféremment longtemps ou peu de temps auparavant.

Certes, si l'on dit : "j'avais (déjà) labouré mon champ lorsque vous vîntes me proposer de l'affermer". J'exprime par là une action qui était finie avant la seconde, laquelle est aussi passée. Mais rien n'indique la durée dans la succession des faits, ni, pour mieux dire, si la deuxième action a succédé plus ou moins longuement à la première. Le plus-que-parfait est, somme tout, un passé plus passé: un passé plus que parfaitement passé. Ensemble le plus-que-parfait et le passé antérieur enrichissent ou compartiment le discours sur le passé.

En soi perfectif, le passé antérieur l'est aussi car il connaît les mêmes limitations d'aspect que son frère siamois, le passé simple, si réservé fût celui-ci à exprimer un acte du début à la fin, comme révolu dans un passé d'une finitude telle que le présent (vierge, en cela, de tout résidu du passé) de l'énonciation, le hic et nunc de l'énonciateur s'en trouve exclu. Évanescence d'un passé indigne de l'idéal proustien, crépuscule des idoles, telles seraient les marques et du passé simple, alias le prétérit défini et du prétérit antérieur.

À l'opposé, le vulgaire passé composé - alias le prétérit indéfini - exprime un acte accompli mais en prise sur le susvisé présent, comme si l'histoire n'était point séparée du présent.

Qu'on se le tienne pour dit: pas plus qu'il ne faille prendre des vessies pour des lanternes, pas plus la bonne langue n'autorise que l'on cocufie le passé composé en le coiffant - d'une façon odieusement
ultra vires - de la valeur du passé simple. Malheur à vous si vous persistez à confondre les passés simple et composé, à vous rendre coupable de ce péché mortel contre la langue!

La phrase complexe (dont les diverses concaténations s'appuient sur la subordination, la coordination ou la juxtaposition) accueille à bras ouverts le passé antérieur. :

À peine eut-il décidé ce voyage que son humeur changea.

Le passé antérieur opérerait à merveille dans, plus exactement, les subordonnées assorties de conjonctions de temps du genre de : que, pendant que, depuis que, après que, avant que, quand, lorsque, dès que, sitôt que, aussitôt que, etc.:

Cela eut sonné comme une grosse farce que déjà il s'acquit un statut presque officiel.
Aussitôt après que Pierre lui en eut parlé (dixit Renaud Camus).

Si le verbe principal est souvent au passé simple, les autres temps du passé ne sont point exclus:

J'eus labouré mon champ avant que mon voisin ne commençât. (L'imparfait du subjonctif exprime si imperfectif soit-il ici un futur par rapport à la principale au passé antérieur propre à exprimer, disions-nous, une action finie.)

Du reste l'action marquée par le passé antérieur peut être postérieure à une autre, à charge que celle-ci s'exprime au plus-que-parfait. À l'appui, voici un exemple:

Quand il eut fini, son frère était déjà parti.

En ce cas, le passé antérieure marque l'achèvement de l'action d'une manière plus complète que le passé simple. Le sens serait encore plus ou moins le même si l'on eût dit:
"quand il termina, son frère était déjà parti." Autre exemple:
La fête de Vénus, comme il se doit, était tout particulièrement célébrée à Chypre, l'île qui avait accueilli la déesse après qu'elle fut née de l'écume.

Si la règle générale postule que le passé antérieur ferait - au moyen de subordonnées - succéder des faits dont le premier est non éloigné du second, elle ne connaît pas moins une sacrée exception, à charge qu'il y ait quelque indication, ou, plus exactement un complément de temps à même de déroger à l'immédiateté de la succession des faits passés. Le passé antérieur se rapporte, en tout état de cause, à un "repère" appartenant au passé, ou bien implicite au contexte, ou bien explicité par un "complément de temps".

Comme elle ne brûlait pas le charbon qu'elle se procurait de la sorte, elle en eut accumulé bientôt trois grands sacs derrière son lit. (Passé antérieur ici employé dans la principale, insistant sur une succession de faits, pour le coup, non immédiats.)

Longtemps après que nous eûmes quitté la salle du concert, Gertrude restait encore silencieuse (Ibidem).

Malgré les compléments de temps, on éprouve toute la finitude que porte le passé antérieur.

Le passé antérieur saurait, selon Dupré, aussi jouer dans des propositions principales et même dans des phrases simples pour marquer (faute de succession de faits) une action faite rapidement. Il est, là aussi, accompagné, expose Marc Lits, d'un complément de temps (bientôt, vite). Témoin :

Il eut bientôt fini.
Enfin l'écureuil eut mangé.
J'eus vite fait d'apprendre à lire.
Et le drôle eut lapé le tout en un moment (La Fontaine)
Il n'eut pas plus tôt aperçu son père qu'il courut à lui.
En quatre mois, il eut dépensé ainsi près d'un dixième de sa fortune.

À goûter ces phrases-là au passé antérieur, on éprouve je ne sais quoi de tronqué, d'inachevé, par opposition au traitement que leur eût rendu le passé simple.

Cela posé, votre serviteur ne peut que s'entêter à croire que l'emploi du passé antérieur dans la phrase donnée en incipit était juste.


À législation, jurisprudence:

On s'était convertie au protestantisme après qu'elle eut rencontré un calviniste.

Quand ils furent arrivés devant son jardin, Mme Bovary poussa la petite barrière (Flaubert).

Quand il eut fini, il s'en alla.

Lorsque j'eus parcouru la note, je relus de bout en bout les instructions du Conseil (Julien Gracq, in Rivage des Syrtes)

Quand il eut écrit sa lettre, il la cacheta.

Il s'en alla quand il eut fini.

Depuis que la réimpression des Pensées eut entièrement échappé au contrôle des mille amis, on compta quelques éditions principales.

Du moment que Julien se fut aperçu de sa folie, il ne s'ennuya.

À Tahiti où il vivait après qu'il nous eut quittés (Mauriac)

Après que Jacques fut reparti, je me suis agenouillé près d'Amélie.

Lorsque j'eus parcouru la note, je relus de bout en bout les instruments du Conseil (Gracq)

Quand il l'eut quittée et quand elle se retrouva dans le noir, ses doutes s'étaient dissipiés.

Quand il eut fini son assiette, toute la sauce bien enlevée avec l'index, ce n'était plus la peine de faire la vaisselle.

Il n'eut pas plus tôt aperçu son qu'il courut à lui.

En quatre mois, il eut dépensé ainsi près d'un dixième de sa fortune.

L'audition de l'appel attaquant l'ordonnance d'ordonnance d'expulsion, interjeté par l'intimé devant la Commission d'appel de l'immigration en vertu du par. 72(1), A ÉTÉ AJOURNÉE après que le ministre de l'Emploi et de l'Immigration et le solliciteur général EURENT FAIT conjointement un rapport au comité de surveillance des activités de renseignements de sécurité (le comité de surveillance) conformément au par. 82.1(2).

Après qu'il eut été agressé par les membres d'un gang, M. Thanaratnam a été arrêté comme suspect dans une tentative de meurtre qui, selon la police, était une mesure de représailles.

En deuxième lieu, il soutient que le requérant n'a pas consenti à ce que l'enquête fût reprise par un arbitre autre que celui qui l'a commencé, à la suite d'un ajournement ordonnée après que le requérant se fut prévalu du statut de réfugié au sens de la Convention. (passé antérieur et plus que parfait du subjonctif)

Les accusation portées contre lui ont été retirées après que des tests judiciaires eurent démontré que sa voiture n'avait pas été utilisée au cours de la tentative de meurtre (passé antérieure et passé surcomposé)

Cet incident est survenu le jour après que M. Thanaratnam eut été brutalement battu à l'aide d'une barre de fer.

Un jour après qu'il eut assumé ses fonction de garde, l'INLA a ordonné l'exécution des otages. dixit le juge La Forest, dans Canada (P.G) c. Ward, 1993, 2 RCS 689

Dès qu'elle eut, en février 1985, les résultats des tests in vitro effectués par le NIH, Glaxo/Wellcome savait que l'AZT inhibe la réplication du VIH dans une lignée cellulaire humaine, même si les tests avaient été effecutés in vitro plutôt qu'in vivo.

Il est détenu à Calgary depuis le mois de février, après que son statut de réfugié lui eut été retiré parce qu'il avait caché sa condamnation aux responsables de l'immigration.

Mais cette mauvaise humeur, ce "désespoir" même, ne pouvaient qu'être passagers : Phèdre s'était bien vite relevée du demi-échec des premières représentations ; le vrai public, une fois que les spectateurs payés par la duchesse de Bouillon EURENT disparu, avait applaudi la pièce sans réserves.

lundi 6 juillet 2009

en Ottawa


"En Alexandrie" ou "à Alexandrie" se diraient indifféremment lors même qu'Avignon (dont on ne finirait pas de danser sur le pont!) appellerait en. Ma foi, Avignon esquive, disait Michel Serres, l'haïssable hiatus propre à "à Agen".

Que ces villes-là se coiffassent de voyelles, l'usage ne manqua de jeter son dévolu sur l'une des deux prépositions.

Maurice Druon exposa, à ce compte, les motifs qui gouvernassent l'emploi de la préposition en au regard d'Arles ou d'Alger. "Parce que ces noms sont ceux d'entités souveraines: royaume d'Arles, État du pape, régence indépendante d'Alger, le nom du lieu se confondait avec le nom du pays. On disait en Arles, comme on disait en Anjou. En Arles, en Alger, n'est donc pas une faute, c'est un archaïsme, avec, il faut le reconnaître, un rien de préciosité" (italiques dans le texte).

Qu'à cela ne tienne, votre serviteur ne propose pas moins que l'on prohibe l'emploi de la préposition à vis-à-vis de la ville d'Ottawa ainsi que de sa banlieue d'Orléans. Plaise à un usage éminemment politisé d'intégrer "en Ottawa" et "en Orléans"! Plussent, après tout, aux Immortels de sanctionner tout agrandissement du français!

Mieux vaut, certes, installer en l'imaginaire canadien (si tant est qu'il en eût un) une ambiguïté grammaticale autour de la capitale fédérale. Il est vrai que la préposition "en" se dit d'ordinaire de régions; témoin "en" France, "en Italie", "en Mauricie", "en Ontario", "en Saskatchewan", "en Bretagne".

Le Québec grugera le territoire ontarien à la faveur de la prochaine réforme constitutionnelle. La capitale fédérale n'a-t-elle pas droit à un statut à l'image du District de Colombia aux États-Unis? Pour y parvenir, il faudra mettre du temps, tellement l'ordre constitutionnel canadien paraît éternellement verrouillé... pour ne pas dire damné.

mardi 9 juin 2009

"Quand" comme subjonction


Oyez! Dans Le subjonctif en français contemporain de Marcel Cohen, non seulement le lecteur se voit transfigurer devant la défense et illustration d'une langue française somme toute bafouée de ses sujets, mais, bien plus, l'on est appelé - ne fût-ce que sur la blogosphère - à ressusciter cette tournure de phrase-ci:

La subjonction "quand", accompagnée ou non de "même", s'emploie avec les conditionnels présent ou passé. Pareil cas appelle une principale au conditionnel ou à l'indicatif futur (en relation avec le conditionnel présent).

Témoin:
Quand même tu serais plus terrible que tu n'es, je te résisterais.

Quand même il m'aurait (eût) fait des excuses, je ne me serais (fusse) pas réconcilié avec lui.

Autre subjonction et le "que"


Voici un extrait de l'ouvrage de Le subjonctif en français contemporain:
"En dehors des phrases à propositions interdépendantes, l'hypothèse et la condition sont exprimées par des constructions à juxtaposition dans un ordre déterminée, dites souvent à parataxe, pour lesquelles on peut parler de propositions conjointes. Toutefois, dans certains cas, intervient, un "que" facultatif en rôle de subjonction légère.

Les construction à propositions conjointes est exclusive de subordonnées.

Pareille construction exprime la condition, en tête, et l'éventualité qui en résulte, en seconde place, mobilisant pour les deux le conditionnel, le conditionnel passé (ou sa forme propre au subjonctif).

Mon père serait malade, j'appellerais tout de suite le médecin.

Mon père serait malade que j'appellerais tout de suite le médecin.

Leur père eût été malade, ces mauvais enfants n'eussent pas appelé le médecin.

Leur père eût été malade que ces mauvais enfants n'eussent pas appelé le médecin.

Pourtant, nous n'entendions pas abolir tout à coup à Damas et à Beyrouth, le principe de notre autorité. Y eussions-nous consenti que les Anglais aurait pris notre place en invoquant des nécessités stratégiques.

dixit Ch. de Gaulle in Mémoires de guerre

Simon n'abandonne pas... son projet. L'eût-il abandonné, le Ministère l'aurait sans doute regretté.

La révolution ne fût-elle pas venue, j'aurais eu pas mal à en souffrir durant ma jeunesse.

Fût-il plus terrible qu'il n'est que je lui résisterait.

Qu'il y ait eu ou non un État algérien véritable en 1830, ce n'est pas l'aspect décisif de ce problème. N'y en eût-il pas, que la lute du peuple algérien serait aussi légitime.

Pût-il s'enrichir qu'il préférerait une vie d'indolence.

Fallût-il rester debout trois heures qu'il ne voudrait pas manquer le spectable.

mercredi 3 décembre 2008

Entre une Constitution bordélique et quelque ingratitude envers Stéphane Dion

Tandis que les horizons se constellent de vautours, et que les faces de hareng s'esclaffent du sacrifice de Dion, réfugions-nous comme Proust dans le souvenir de Stéphane et céans dans le tour que notre intellectuel voulait jouer contre le PCC en guise de "résurrection" : terme à prendre dans toute sa force...

En écho à Matthieu Lenoir de la revue Égards, je pose la question axiale, perpendiculaire et centrale des pouvoirs du chef de l'État, notre Reine vis-à-vis la conjoncture du Parlement juste avant sa prorogation. En foi de quoi je finirai ce modeste billet avec un éloge de Stéphane.

***
La Constitution de notre Dominion est mi-écrite mi-non-écrite. À propos, le jeu des conventions constitutionnelles dans la common law et, par implication, dans notre bordélique Constitution donne tort à quantité de journalistes qui osent croire que la Reine eût déjà été impuissante dans son propre Empire.
Pardi! Il y a loin de la coupe aux lèvres.

Qu'est-ce qu'une convention constitutionnelle sinon "une source propre au droit constitutionnel", qui plus est, d'origines coutumières (Henri Brun et Guy Tremblay, Droit constitutionnel, 4 édition, Yvon Blais, 2002, p.44). Et, d'autre part, une règle observée des parties (en l'occurrence les politiques) sous un impérieux "sentiment de nécessité" nonobstant, bien plus, l'impuissance des tribunaux à "sanctionner" pareille convention constitutionnelle. Laquelle surgit "au gré d'événements politiques" et non juridiques (Ibid) et, comme telle, adapte d'une souplesse ahurissante la Constitution à la réalité politique. En d'autres termes, une convention constitutionnelle modifie la Constitution autrement plus facilement que les accords morts-nés de Lac Meech ou de Charlottetown. Témoin les conventions constitutionnelles du gouvernement responsable ou encore le parlementarisme britannique avec son premier ministre qui, malgré la lettre de la Constitution, n'agit plus du tout sous la férule du Souverain (cf. les articles 9 et 10 de la Loi constitutionnelle de 1867).

Qu'importe l'accumulation de conventions constitutionnelles qui suivant celle du gouvernement responsable aura bel et bien érigé le Cabinet comme la véritable instance exécutive, le Gouverneur général, Michaëlle Jean, mû par les prérogatives de la Couronne britannique, eût souverainement opté pour son propre premier ministre de prédilection n'eût été, bien sûr, la prorogation de la session parlementaire. Tout autre eût été la conjoncture si le Gouvernement en était venu à perdre la "confiance" de la Chambre des Communes (par suite de par exemple un vote ès finances) tant les conventions constitutionnelles ne couvrent point les attributions de la Reine dans le contexte d'un gouvernement minoritaire. En d'autres termes, que les conventions constitutionnelles (dont celle du gouvernement responsable, celle-ci même qui fait peser les votes de confiance) ne couvrissent point ladite conjoncture, le Souverain se fût trouvé confronté - une fois que le Gouvernement minoritaire eût hypothétiquement perdu la confiance du Parlement - à un dilemme: ou bien dissoudre la Chambre, ou bien choisir un autre gouvernement apte à assurer quelque stabilité.

Entre Stéphane et Stephen, le Gouverneur général (doublure de notre Reine) eût sans doute penché en faveur d'un gouvernement libéral tant c'était Paul "Macbeth" Martin qui avait élevé la journaliste de RDI sur le pavois monarchique qu'elle occupe aujourd'hui si majestueusement.

Taratata! À cela encore, Harper et sa propagande américanolâtre font injure aux institutions anglo-saxonnes du Canada en prêtant aux agissements finauds de notre cher Stéphane quelque chose d'indu. Sur les plages impériales du Dominion, les Canadiens, depuis tout au moins le triomphe de Trudeau avec sa Charte (une copie conforme de celle des Américains), font montre de leur manque de personnalité, de leur effacement culturel, bref de leur aplatventrisme devant la bouillante culture américaine. N'en déplaise au ROC, nous ne vivons pas aux États-Unis et Stéphane, que dis-je? la Reine avait tout pouvoir de descendre le gouvernement Harper.

En dehors de Dion, je ne vois, somme toute, aucun politicien apte à manipuler les institutions du pays d'une façon aussi intelligente.

***
À bien y penser, n'eût-il pas été naturel de voir Stéphane Dion remporter le pompon : de devenir Premier ministre du Canada? On le disait, après tout, increvable, invincible, voire d'une résilience hors pair.

Éloge à bâtons rompus d'un grand homme.

Ma foi, je pense de plus en plus que, parce que Stéphane avait été l'homme le plus brillant de la Chambre-très-basse, il devait, dis-je, être le seul politique doué des neurones requis pour penser à la petite idée de jouer de la discrétion encore souveraine de Sa Majesté la reine d'Angleterre.

Or le PLC s'est derechef métamorphosé en Macbeth. La tragédie de Jean Chrétien n'aura donc pas suffi à étancher la soif de ces chacals enragés; les libéraux - qui puent la sénilité égoïste ou maçonnique des baby-boomers - n'en finissent plus d'avorter tout foetus, tout espoir, bref tout signe de vie - comme si la force, la maturité, la vie et donc la liberté n'eussent pas le moins du monde présupposer l'ouverture à l'Autre, aux marges, aux exclus, aux brebis galeuses, aux boucs émissaires, à tout ce que la pensée occidentale eût déjà clairement élevé comme gage de (C)réation (cf. Bakhtine, Castillo Durante, Marguerite Duras, Bossuet et tant d'autres). Certes, si médiocres que fussent ses laïus, le gentil Stéphane m'aura - à rebours du pays tout entier - inspiré autrement plus que Barack Obama: le champion mondial du désespoir, d'un Homme, pour tout dire, de moins en moins puissant et, partant, de moins en moins libre. Sniff! sniff! Stéphane était, au contraire et à l'exemple de martyrs comme saint Sébastien, l'homme le plus intègre des Communes, tout du moins en regard de Duceppe, de Layton, de cette engeance qui crève de sournoiserie, de malhonnêteté, de tout ce que le pays a d'obscurantiste ou de stupide. Et dont la pensée magique (toute à son égoïsme juvénile, criminelle et donc hitlérienne) oblige à l'ami Stéphane de porter la croix de cette mal foutue fédération qui, faut-il le rappeler, fut fondée dans le sang et les larmes. "L'homme n'existe pas", ratiocinait Michel Foucault dans ses Mots et les choses en guise de dissection de notre "foi", de notre "subjectivité", de notre imaginaire chrétien, bref de tout ce qui sous-tend(ait) la précieuse harmonie entre la Raison et le Désir, alias la Foi (dixit Richard Bastien). À quoi la moutonaille canadienne d'évidence s'abaisse dans son sacrifice tout éhonté de Stéphane... de la Vérité...

Pourtant, loin d'être représentatif de la population canadienne, Dion est - mine de rien - l'homme le plus exportable du Canada. Trop québécois et raffiné pour être canadien (entendez: américain en miniature), la rayonnante tête de Stéphane Dion éclate de joie de vivre et de bonhommie. C'est dire le contraste entre le flamboyant Stéphane et le ROC, imbu sinon du flegme britannique, en tout cas du tempérament constipé qui figure dans American Gothic.

D'aussi loin que je me souvienne, il est de bon ton de critiquer la vision, à vrai dire, la fixation de Stéphane sur le fédéralisme canadien. Encore convient-il de critiquer les idées de Stéphane et non pas juste se livrer aux attaques ad hominem - toutes à hauteur de l'intellect d'un Duceppe ou d'un Farlardeau: autant de bébés-la-la qui tardent à couper le cordon avec les complexes que la Conquête nous aura tous valu. Ma foi, l'éminente vision de Stéphane sur le fédéralisme canadien repose sur la pensée conservatrice de Burke (et, de fait, à bien des égards sur celle Proust) au regard de l'établissement tout abouti de l'État canadien ainsi que de la "coutume" qui en est découlé. De la même manière que les Jacobins crurent bon de faire violemment table rase de mille ans d'histoire féodale, de mille ans, dis-je, de sagesse, de coutume qui, au surplus, porte en son flanc quelque "vérité" (et rationelle, et imaginaire, d'où un foi), les néo-Jacobins du PQ et du BQ recyclent la même pédanterie en faisant fi de l'Histoire, tenant stupidement pour acquis qu'une "Terreur" ne s'ensuivra point, que leur programme clownesque (cru 2008 du Culte de l'Être suprême) aboutira tout à fait, que le provincialisme (au sens étymologique du terme) des frontières imposées au Québec suffirait. Que de cuistrerie, accuse Stéphane, dans un séparatisme qui, fort de son complexe d'infériorité, brûle de faire comme si l'État canadien ne nous avait aucunement servi, de, bien plus, refuser aux Autochtones leur propre droit à la "souveraineté", en un mot comme en mille, d'imposer - au fort d'un extrémisme - une loi contraire à notre coutume (si porteuse de génie, dirait Burke). Ô infortuné royaume! Les séparatistes n'en sont pas à une mesquinerie près: certes, ils n'ont que faire d'un irrédentisme québécois, d'un messianisme, d'un projet à portée de l'Autre.

Mon enthousiasme pour Stéphane ne va pas sans ajouter foi (au sens fort du terme) à sa vision toute cohérente du fédéralisme canadien qui refuse de tenir l'État comme une panacée au problème canadien, étant entendu que non pas l'État, mais l'initiative privé - mû par la liberté du sujet francophone - viendra à bout de l'obsession identitaire de tout le Canada français. Place à un Québec à l'image de la Catalogne où règne un privé en gloire. Est-il besoin de le dire: personne, pas même Stéphane, ne saurait se satisfaire de la situation du Québec dont l'âme veule se trouve sur le respirateur artificiel de l'État, de sa cléricature baby-boomer. Pas étonnant que le Québec, si serf qu'il est, s'invite à idolâtrer Obama, à appeler les autres à se ployer à sa petitesse.

Cela posé, n'est-ce pas le propre des Socrate, des Christ, des Bush, des Cyrano, des Stéphane Dion, bref de ceux qui touchent à nos idées reçues (topiques), de ceux qui dévoilent au grand jour notre propre déchéance de finir marginalisés, exclus, diabolisés? D'autant, la marginalisation de Stéphane n'est-elle pas à la mesure du mensonge dans lequel les nains québécois se complaisent?
Et le PLC de croire qu'il peut, comme Ponce Pilate, se laver les mains de sa vilaine trahison. O tempora! O mores!


Cf. Une lettre ouverte d'universitaires qui confirment ce billet, merci.

mercredi 10 septembre 2008

Le féminisme et la langue française


Les féministes s'acharnent, non sans cuistrerie, à prendre en otage notre langue.

Cri de cœur.

Nombreux sont les gens à ignorer le sens du "masculin" en langue française. Certains persistent à y voir binarité, dichotomie... apartheid! Or, le masculin englobe et le masculin et le neutre; témoin une fonction comme "la présidence" qui appelle le titre "le président", eût-elle été revêtue par une femme ou un homme. Certes le génie tout particulier du français élève "un président" à la hauteur du "divin" en tant que cette fonction paraît comme oint d'un neutre teinté, crois-je, du catholicisme fondateur de la France. (À entendre Charles Péguy, sainte Jeanne d'Arc botta les fesses aux Anglish et, par là même, fonda le sentiment national en terre de France). Point n'est besoin de féminiser le titre "le président" tant celle qui en investit la fonction se trouve, par le génie propre du français, au-dessus du sexe.

À l'inverse, "une présidente" est bienvenue dans un contexte où la solennité de, par exemple, l'État n'a rien à voir.

Ainsi des professeurs qui d'ores et déjà s'acharnent à brouiller nos pistes à la faveur de "la professeure" (sic), pédanterie d'un sous-français consommé.

Pardi, le genre féminin n'est en rien le parent pauvre de la langue française: au contraire, le féminin réunit à lui seul une pléthore de vertus, à savoir la beauté, la Justice, la grandeur, la force, la puissance, que sais-je encore? D'ailleurs, qu'un soldat s'affiche comme "sentinelle" ("le mec est sentinelle"), cela ne saurait sonner faux. Idem pour "la recrue", "la sage-femme", "la vigie", j'en passe.

Le français ne gagnera point à se conformer à l'idéologie séparatiste du féminisme linguistique. Soit, c'est à l'usage de trancher seulement quand celui-ci est utile à la langue. Autrement, la maille en file, disait Maurice Druon.

Vive l'Académie française!