En écho à Matthieu Lenoir de la revue Égards, je pose la question axiale, perpendiculaire et centrale des pouvoirs du chef de l'État, notre Reine vis-à-vis la conjoncture du Parlement juste avant sa prorogation. En foi de quoi je finirai ce modeste billet avec un éloge de Stéphane.
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La Constitution de notre Dominion est mi-écrite mi-non-écrite. À propos, le jeu des conventions constitutionnelles dans la common law et, par implication, dans notre bordélique Constitution donne tort à quantité de journalistes qui osent croire que la Reine eût déjà été impuissante dans son propre Empire.
Pardi! Il y a loin de la coupe aux lèvres.
Qu'est-ce qu'une convention constitutionnelle sinon "une source propre au droit constitutionnel", qui plus est, d'origines coutumières (Henri Brun et Guy Tremblay, Droit constitutionnel, 4 édition, Yvon Blais, 2002, p.44). Et, d'autre part, une règle observée des parties (en l'occurrence les politiques) sous un impérieux "sentiment de nécessité" nonobstant, bien plus, l'impuissance des tribunaux à "sanctionner" pareille convention constitutionnelle. Laquelle surgit "au gré d'événements politiques" et non juridiques (Ibid) et, comme telle, adapte d'une souplesse ahurissante la Constitution à la réalité politique. En d'autres termes, une convention constitutionnelle modifie la Constitution autrement plus facilement que les accords morts-nés de Lac Meech ou de Charlottetown. Témoin les conventions constitutionnelles du gouvernement responsable ou encore le parlementarisme britannique avec son premier ministre qui, malgré la lettre de la Constitution, n'agit plus du tout sous la férule du Souverain (cf. les articles 9 et 10 de la Loi constitutionnelle de 1867).
Qu'importe l'accumulation de conventions constitutionnelles qui suivant celle du gouvernement responsable aura bel et bien érigé le Cabinet comme la véritable instance exécutive, le Gouverneur général, Michaëlle Jean, mû par les prérogatives de la Couronne britannique, eût souverainement opté pour son propre premier ministre de prédilection n'eût été, bien sûr, la prorogation de la session parlementaire. Tout autre eût été la conjoncture si le Gouvernement en était venu à perdre la "confiance" de la Chambre des Communes (par suite de par exemple un vote ès finances) tant les conventions constitutionnelles ne couvrent point les attributions de la Reine dans le contexte d'un gouvernement minoritaire. En d'autres termes, que les conventions constitutionnelles (dont celle du gouvernement responsable, celle-ci même qui fait peser les votes de confiance) ne couvrissent point ladite conjoncture, le Souverain se fût trouvé confronté - une fois que le Gouvernement minoritaire eût hypothétiquement perdu la confiance du Parlement - à un dilemme: ou bien dissoudre la Chambre, ou bien choisir un autre gouvernement apte à assurer quelque stabilité.
Entre Stéphane et Stephen, le Gouverneur général (doublure de notre Reine) eût sans doute penché en faveur d'un gouvernement libéral tant c'était Paul "Macbeth" Martin qui avait élevé la journaliste de RDI sur le pavois monarchique qu'elle occupe aujourd'hui si majestueusement.
Taratata! À cela encore, Harper et sa propagande américanolâtre font injure aux institutions anglo-saxonnes du Canada en prêtant aux agissements finauds de notre cher Stéphane quelque chose d'indu. Sur les plages impériales du Dominion, les Canadiens, depuis tout au moins le triomphe de Trudeau avec sa Charte (une copie conforme de celle des Américains), font montre de leur manque de personnalité, de leur effacement culturel, bref de leur aplatventrisme devant la bouillante culture américaine. N'en déplaise au ROC, nous ne vivons pas aux États-Unis et Stéphane, que dis-je? la Reine avait tout pouvoir de descendre le gouvernement Harper.
En dehors de Dion, je ne vois, somme toute, aucun politicien apte à manipuler les institutions du pays d'une façon aussi intelligente.
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À bien y penser, n'eût-il pas été naturel de voir Stéphane Dion remporter le pompon : de devenir Premier ministre du Canada? On le disait, après tout, increvable, invincible, voire d'une résilience hors pair.
Éloge à bâtons rompus d'un grand homme.
Ma foi, je pense de plus en plus que, parce que Stéphane avait été l'homme le plus brillant de la Chambre-très-basse, il devait, dis-je, être le seul politique doué des neurones requis pour penser à la petite idée de jouer de la discrétion encore souveraine de Sa Majesté la reine d'Angleterre.
Or le PLC s'est derechef métamorphosé en Macbeth. La tragédie de Jean Chrétien n'aura donc pas suffi à étancher la soif de ces chacals enragés; les libéraux - qui puent la sénilité égoïste ou maçonnique des baby-boomers - n'en finissent plus d'avorter tout foetus, tout espoir, bref tout signe de vie - comme si la force, la maturité, la vie et donc la liberté n'eussent pas le moins du monde présupposer l'ouverture à l'Autre, aux marges, aux exclus, aux brebis galeuses, aux boucs émissaires, à tout ce que la pensée occidentale eût déjà clairement élevé comme gage de (C)réation (cf. Bakhtine, Castillo Durante, Marguerite Duras, Bossuet et tant d'autres). Certes, si médiocres que fussent ses laïus, le gentil Stéphane m'aura - à rebours du pays tout entier - inspiré autrement plus que Barack Obama: le champion mondial du désespoir, d'un Homme, pour tout dire, de moins en moins puissant et, partant, de moins en moins libre. Sniff! sniff! Stéphane était, au contraire et à l'exemple de martyrs comme saint Sébastien, l'homme le plus intègre des Communes, tout du moins en regard de Duceppe, de Layton, de cette engeance qui crève de sournoiserie, de malhonnêteté, de tout ce que le pays a d'obscurantiste ou de stupide. Et dont la pensée magique (toute à son égoïsme juvénile, criminelle et donc hitlérienne) oblige à l'ami Stéphane de porter la croix de cette mal foutue fédération qui, faut-il le rappeler, fut fondée dans le sang et les larmes. "L'homme n'existe pas", ratiocinait Michel Foucault dans ses Mots et les choses en guise de dissection de notre "foi", de notre "subjectivité", de notre imaginaire chrétien, bref de tout ce qui sous-tend(ait) la précieuse harmonie entre la Raison et le Désir, alias la Foi (dixit Richard Bastien). À quoi la moutonaille canadienne d'évidence s'abaisse dans son sacrifice tout éhonté de Stéphane... de la Vérité...
Pourtant, loin d'être représentatif de la population canadienne, Dion est - mine de rien - l'homme le plus exportable du Canada. Trop québécois et raffiné pour être canadien (entendez: américain en miniature), la rayonnante tête de Stéphane Dion éclate de joie de vivre et de bonhommie. C'est dire le contraste entre le flamboyant Stéphane et le ROC, imbu sinon du flegme britannique, en tout cas du tempérament constipé qui figure dans American Gothic.
D'aussi loin que je me souvienne, il est de bon ton de critiquer la vision, à vrai dire, la fixation de Stéphane sur le fédéralisme canadien. Encore convient-il de critiquer les idées de Stéphane et non pas juste se livrer aux attaques ad hominem - toutes à hauteur de l'intellect d'un Duceppe ou d'un Farlardeau: autant de bébés-la-la qui tardent à couper le cordon avec les complexes que la Conquête nous aura tous valu. Ma foi, l'éminente vision de Stéphane sur le fédéralisme canadien repose sur la pensée conservatrice de Burke (et, de fait, à bien des égards sur celle Proust) au regard de l'établissement tout abouti de l'État canadien ainsi que de la "coutume" qui en est découlé. De la même manière que les Jacobins crurent bon de faire violemment table rase de mille ans d'histoire féodale, de mille ans, dis-je, de sagesse, de coutume qui, au surplus, porte en son flanc quelque "vérité" (et rationelle, et imaginaire, d'où un foi), les néo-Jacobins du PQ et du BQ recyclent la même pédanterie en faisant fi de l'Histoire, tenant stupidement pour acquis qu'une "Terreur" ne s'ensuivra point, que leur programme clownesque (cru 2008 du Culte de l'Être suprême) aboutira tout à fait, que le provincialisme (au sens étymologique du terme) des frontières imposées au Québec suffirait. Que de cuistrerie, accuse Stéphane, dans un séparatisme qui, fort de son complexe d'infériorité, brûle de faire comme si l'État canadien ne nous avait aucunement servi, de, bien plus, refuser aux Autochtones leur propre droit à la "souveraineté", en un mot comme en mille, d'imposer - au fort d'un extrémisme - une loi contraire à notre coutume (si porteuse de génie, dirait Burke). Ô infortuné royaume! Les séparatistes n'en sont pas à une mesquinerie près: certes, ils n'ont que faire d'un irrédentisme québécois, d'un messianisme, d'un projet à portée de l'Autre.
Mon enthousiasme pour Stéphane ne va pas sans ajouter foi (au sens fort du terme) à sa vision toute cohérente du fédéralisme canadien qui refuse de tenir l'État comme une panacée au problème canadien, étant entendu que non pas l'État, mais l'initiative privé - mû par la liberté du sujet francophone - viendra à bout de l'obsession identitaire de tout le Canada français. Place à un Québec à l'image de la Catalogne où règne un privé en gloire. Est-il besoin de le dire: personne, pas même Stéphane, ne saurait se satisfaire de la situation du Québec dont l'âme veule se trouve sur le respirateur artificiel de l'État, de sa cléricature baby-boomer. Pas étonnant que le Québec, si serf qu'il est, s'invite à idolâtrer Obama, à appeler les autres à se ployer à sa petitesse.
Cela posé, n'est-ce pas le propre des Socrate, des Christ, des Bush, des Cyrano, des Stéphane Dion, bref de ceux qui touchent à nos idées reçues (topiques), de ceux qui dévoilent au grand jour notre propre déchéance de finir marginalisés, exclus, diabolisés? D'autant, la marginalisation de Stéphane n'est-elle pas à la mesure du mensonge dans lequel les nains québécois se complaisent?